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Un article de Michel LUCI paru dans "Sciences Humaines"

La recherche d'une « personnalité criminelle » n'a guère de sens, tant sont diverses les formes et les types de criminalité : vol, fraude, meurtre ou corruption... En revanche pour des crimes spécifiques comme la pédophilie ou les meurtres en série, la notion de profil psychologique prend toute sa pertinence.

Psychanalyse, théorie de la « personnalité criminelle », psychopathologie des tueurs en série ou pédophiles... Les recherches psychologiques sur les conduites criminelles n'ont pas manqué d'enrichir l'histoire de la criminologie. Si l'idée selon laquelle il existerait une « personnalité criminelle » spécifique qui expliquerait à elle seule les conduites délinquantes est aujourd'hui abandonnée, les recherches empiriques sur les profils psychologiques de certains criminels ne sont pas sans intérêt.

Chacun connaît les objets de prédilection de la psychanalyse : les rêves, les actes manqués, l'ensemble des névroses, etc. Mais on ignore généralement que Freud a également tenté d'appliquer les principes fondamentaux de la psychanalyse à la criminologie. En 1915, dans un article intitulé « Quelques types de caractères dégagés par la psychanalyse », Freud écrit un paragraphe sur « Les criminels par sentiment de culpabilité » dans lequel il explique que, au fond, à travers leur conduite, les criminels cherchent simplement à se libérer d'un sentiment de culpabilité provenant du complexe d'OEdipe. Par la suite, la théorie des pulsions viendra renforcer encore l'idée selon laquelle « l'homme est un loup pour l'homme » et que nous sommes tous des criminels en puissance. On pouvait déjà douter que ce genre de généralité soit utile en soi à la criminologie, mais les premières recherches cliniques menées par des disciples de Freud (notamment le cas de Mme Lefebvre étudié par Marie Bonaparte en 1927) ont elles-mêmes confirmé que ces énoncés n'étaient d'aucun secours parce qu'ils étaient universels, tandis que la conduite criminelle ne concerne qu'un très petit nombre d'individus. En revanche, les interprétations cliniques élaborées par Freud de certaines névroses fécondent utilement la psychopathologie criminelle, comme nous allons le voir.

Existe-t-il une « personnalité criminelle » ?

La théorie de la « personnalité criminelle » était surtout en vogue dans les années 50-70. En France, Jean Pinatel en a proposé une synthèse dans son Traité de droit pénal et criminologie (1963). Cette théorie est encore défendue par certains criminologues, et elle est toujours beaucoup utilisée dans les tests psychologiques et les grilles d'évaluation psychiatriques. Selon les différents auteurs, la personnalité des criminels se caractériserait notamment par l'égocentrisme, l'agressivité, le besoin de domination, l'intolérance à la frustration, l'indifférence aux victimes ou encore la faiblesse du sens moral. C'est dans cette personnalité que résiderait l'explication de leur comportement (des différences de nature n'étant pas établies entre les divers types de délinquance et de criminalité). Cette affirmation se heurte pourtant à des objections. Tout d'abord, en choisissant leurs échantillons parmi les délinquants jugés, on sélectionne un type de délinquance très particulier. En effet, un très grand nombre de délinquants échappe à la justice : le système judiciaire sanctionne la petite délinquance économique (vols) davantage que la violence interpersonnelle, la criminalité organisée ou encore la corruption.

De plus, certains traits psychologiques qui composeraient la personnalité criminelle se retrouvent également chez des non-délinquants : dans certaines professions commerciales, dans le domaine sportif. En toute rigueur, on devrait donc dire que des délinquants chroniques ont telles ou telles caractéristiques psychologiques, mais pas qu'il existe une personnalité typique du délinquant. La définition des critères de la personnalité criminelle suppose par ailleurs que les individus qui sont capables d'infliger des souffrances sont dénués de sens moral. Or, ce constat est démenti pour les délinquants ordinaires. D'une part, ces derniers peuvent agir en conformité avec un autre système de valeurs. D'autre part, ils reconnaissent la validité des principes au nom desquels ils sont condamnés. Dès la fin des années 50, Gresham Sykes et David Matza avaient mis en évidence ce phénomène sous le nom de « techniques de neutralisation ». Elles consistent à ne pas se culpabiliser de transgressions commises en déniant sa responsabilité individuelle, en minimisant les dommages de la victime, en légitimant son agression, etc.

Les études qui évoquent l'existence d'un comportement criminel se heurtent enfin au constat que l'on est rarement criminel toute sa vie. Parmi tous les individus qui se comportent comme tel à l'âge de 18 ans, seule une petite minorité le fera encore à l'âge de 30 ans, les autres se seront « rangés » à une vie sociale conforme aux normes. Ce constat (qui vaut aussi pour les drogués) indique que ce que l'on appelle la personnalité d'un individu ne constitue pas une donnée immuable permettant de prédire longtemps à l'avance son comportement. C'est au contraire le produit d'une histoire et d'un contexte, comme l'avait montré A. Vexliar à propos des clochards.

Il reste que, dans certains cas très particuliers - celui des criminels sexuels, ou des tueurs en série - la personnalité déviante est déterminée par une pathologie mentale constituée à partir de la petite enfance et qui peut évoluer tout au long de la vie de l'individu, indépendamment de son milieu social.

Les criminels sexuels

Il existe de très nombreux comportements relevant de ce que l'on appelait autrefois les « perversions sexuelles » et aujourd'hui les « paraphilies » : fétichisme, masochisme, sadisme, travestisme, exhibitionnisme, voyeurisme, pédophilie, zoophilie, etc. Face à ces divers types de déviances sexuelles, existe-t-il suffisamment de traits communs qui permettent d'esquisser une théorie générale de la criminalité sexuelle ? La réponse est négative, la diversité est trop grande. Entre la tendance fantasmatique pédophile toujours contrôlée et satisfaite de temps à autre par un usage de cassettes pornographiques, jusqu'à la fixation morbide dominant toute la personnalité et conduisant au viol et au meurtre, il existe toute une échelle de dysfonctionnements psychiques (voir encadré ci-dessus).

Mais peut-on déterminer les origines psychologiques des conduites déviantes ?

Depuis un demi-siècle, d'innombrables études ont interrogé les configurations familiales des jeunes délinquants. Pour ce qui est de la délinquance juvénile en général, les études ont mis en évidence trois corrélations fréquentes : la mauvaise relation entre les parents (surtout le père) et l'enfant délinquant (qu'il soit victime de violences, de rejet ou même simplement de désintérêt), le conflit entre les parents et la dislocation de la famille et, enfin, le fait que les parents ont eux-mêmes un mauvais rapport aux normes et à l'autorité (ce qui peut généralement se comprendre au regard de leur situation économique et sociale). Quant aux configurations familiales des futurs parents maltraitants, les recherches soulignent également l'importance de l'instabilité familiale, des carences ou des ruptures affectives (deuils, abandons, passages à l'acte violents, etc.) et du facteur aggravant que sont les mauvaises conditions de vie socio-économiques. Le cas de la maltraitance est sans doute celui qui illustre le mieux la transmission générationnelle d'une pathologie. Il s'agit même souvent d'une transmission simple et directe, presque d'une imitation : le parent reproduit sur son enfant ce qu'il a lui-même subi. Mais dans la plupart des cas de violences sexuelles, la transmission familiale est beaucoup plus complexe. Dans le cas des violeurs, par exemple, on retrouve presque toujours dans leur enfance un conflit familial marqué par la dévalorisation de la mère par un père ou un beau-père très autoritaire, ou bien par des pratiques sexuelles déviantes des parents (par exemple l'échangisme ou l'infidélité à répétition), ou bien encore par la violence sexuelle infligée à l'enfant.

Pervers ou psychopathe

Il est donc bien établi que les dysfonctionnements familiaux sont à l'origine des déviances et des crimes sexuels. Mais par quels mécanismes ces comportements s'instaurent-ils exactement ? Quelle est leur psychogenèse ? S'il n'existe pas de lois générales, les recherches récentes indiquent toutefois que parmi les grands criminels sexuels (pédophiles chroniques, violeurs à répétition, tueurs en série), on rencontrerait principalement deux types d'organisation de la personnalité, plus ou moins développés selon les cas.

Dans le premier type, celui de l'organisation perverse de la personnalité, la relation mère-enfant est normalement fusionnelle au début de la vie de l'enfant, il la perçoit alors comme faisant partie intégrante de lui. Mais, progressivement, le petit garçon doit construire son autonomisation psychique, affirmer sa personnalité, distincte du corps et des émotions de sa mère. C'est aussi le moment où le rôle du père prend véritablement de l'importance. Ce moment est crucial : c'est celui de la mise en place du « triangle oedipien », comme disent les psychanalystes. Or, chez les pervers, cette autonomisation par rapport à la mère ne s'effectue pas normalement. Au contraire, ce moment est vécu par l'enfant de façon traumatique. La mère toute-puissante entretient la dépendance du petit garçon dans un climat incestueux. Parallèlement, elle dénie le rôle et la valeur du père. Dès lors, l'enfant est désorganisé, son affirmation identitaire est mise en péril, ce qui provoque une terrible angoisse. Il doit alors élaborer des défenses psychiques mais sans pouvoir véritablement remettre en cause sa relation idéalisée à sa mère. Le petit garçon ne pouvant pas vivre et résoudre son complexe d'OEdipe, il ne pourra pas accéder à la sexualité « normale » (génitale et hétérosexuée), il va investir sexuellement des objets détournés, des fétiches. Il élabore ainsi peu à peu des scénarios érotiques pervers qui visent à lutter contre le traumatisme initial et à maintenir la cohérence de son moi. Il ne vise donc pas le plaisir érotique mais la satisfaction narcissique.

Le second type d'organisation de la personnalité s'apparente à la catégorie des psychopathes qui regroupe sans doute les criminels les plus dangereux. Dans la psychogenèse de cette pathologie, trois éléments sont déterminants. Tout d'abord, l'enfant a été souvent victime de violence physique de façon très précoce. De surcroît, il s'agit de familles où règne de façon générale une violence potentiellement meurtrière, dont l'enfant craint d'être la victime. Ensuite, la mère instaure avec l'enfant un climat incestueux et dénigre le rôle du père. Enfin, il s'agit de familles dans lesquelles les parents eux-mêmes ont un mauvais rapport aux normes, à l'autorité. Ce contexte prédispose l'enfant à développer très tôt (on peut généralement l'observer dès l'école primaire) des conduites déviantes polymorphes (vols, agressions physiques et sexuelles, défis aux personnes représentant l'autorité). Il cherche en effet en permanence à tester le pouvoir de ses désirs sur le monde ; il décharge ses tensions psychiques internes (fréquentes vue son intolérance à toute frustration) dans des passages à l'acte violents. -

 

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